15 août 2014

[MOC] Pêcher en terre ferme

Aujourd'hui une création qui me tient à cœur. Si l'idée a été déclenchée par un challenge entre potes, le résultat témoigne d'une certaine visite du fond de mes tripes.

Je ne sais pas moi-même si ce tableau est joliment innocent ou cruellement mélancolique.

pêcherenterreferme1

Un peu plus tard m'est venue l'histoire qui va avec:

Je ne connais pas l'homme sur la photo. C'est un parfait inconnu. Le genre qui nous tient compagnie de loin quand on pic-nique le soir sur la plage.
Il enfouit sa canne à pêche dans le sable et attend avec son fidèle compagnon. Parfois c'est un chien, parfois c'est son fils.
Il rêve de liberté.
Scrute l'horizon et cherche l'étoile du nord.
Sans doute remet-il à l'eau les poissons au fur et à mesure. Ou emportera-t-il son fretin s'il a des bouches à nourrir?
Nous nous quittons et ne nous reverrons jamais.
Mais la prochaine fois, à coup sûr, nous croiserons son semblable.

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25 avril 2014

L'histoire illustrée de Gwendoline à Los Angeles

Fr: Gwendoline, c'est mon nouvel amour. Je l'ai trimballée tous les jours avec moi alors que je visitais ma famille en Californie. Ici, c'est une petite histoire (enfin, si on peut dire). Bientôt je partagerai en plus grand une petite sélection de ces mêmes photos.

Eng: Gwendoline is my new found love. I schlepped her everyday with me while I was visiting my family in California. Here is a little story (well, if we can call it that). I will soon share a small selection of these same photos in a bigger format.

 

 

The illustrated story of Gwendoline in Los Angeles

layout, texts and images by L.E.L. (Fujiia)

Gwendoline2

Gwendoline likes to walk around

photos taken in Venice, CA

2-se promener

Gwendoline likes to eat and drink

1- At Sunny Spot, Venice, CA
2- At the Alibi bar, Culver City, CA
3- At Brodard, Westminster, CA (the best spring rolls)
4- In the airplane

 

boire et manger

 

Gwendoline likes taking baths

At the Pick-a-brick wall of the Topanga Canyon Lego Store

prendre des bains

 

Gwendoline at Legoland

1 and 2- Miniland
3- Woah, pirates!!
4 and 5- During Star Wars Days 2014

5-Gwendoline à Legoland

Gwendoline visiting the great

- In Bruce Lowell's garage/Lego room
- Around some of his creations, or what's left of them

6-chez les grands

 

The End

Thanks to Kloou and his happy trio from Fana'briques 2013

7-fin

Ne soyez pas timides, les commentaires sont la bienvenue!

Don't be shy, comments are welcome!

30 janvier 2014

[MOC] The MOMA Heartlake - Le musée d'art moderne de Heartlake

In English: Today, a build made for the challenge organized by friendsbricks.com. "Imagine you time-travel to your 10 year old self. Design a Lego Friends set you would have wanted to build and play".

When I saw the theme, I got an idea right away and knew exactly what my creation would look like. One month of building for this:

En français: Aujourd'hui, une création faite dans le cadre du défi organisé par le site friendsbricks.com. Il s'agit de faire un bond en arrière dans le temps et d'imaginer un set Lego que l'on aurait aimé avoir quand on avait dix ans.

À la vue du thème, j'ai tout de suite eu l'idée et je savais exactement à quoi aller ressembler l'ensemble. Un mois de construction pour en arriver à ça:

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Here we have a pretty well preserved castle with, at it's foot, wild but resplendent greenery.The building houses Heartlake City's Museum of Modern Art.

Nous avons affaire à un château assez bien conservé avec au pied une verdure sauvage, mais resplendissante. Le bâtiment abrite le Musée d'Art Moderne de la ville de Heartlake où vivent nos cinq Friends bien aimées.

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What's happening at the castle gate? The high school has organized an outing at thte museum. Anna, Olivia's mom, kindly offered to go along. She can't help taking pictures all the time, wouldn't want to miss any memorable moment!!

Voici ce qu'il se passe devant la porte du château. Au Lycée a été organisée une sortie au musée. Anna, la mère d'Olivia, a gentiment proposé d'accompagner les élèves. Elle ne peut s'empêcher de prendre des photos tout le temps, il ne faudrait surtout pas rater un moment mémorable!!

back

A few general photos of the museum. The first floor is in one piece, while the second and third are splittable into three separate modules.

Quelques photos générales du musée. Le rez-de-chaussée est en un  bloc, tandis que les deux étages sont divisibles en trois modules séparés.

1er étage

Details on the souvenir shop, right by the exit. And ,the front desk where our Friends are waiting for Ms. Stevens to by the tickets (already paid for in advance by the parents).

Détails sur la boutique de souvenirs, juste à côté de la sortie. Et le guichet d'accueil où les Friends attendent que Ms. Stevens achète les billets pour tout le monde (les parents ont payé d'avance à l'école).

register

-"Nine tickets, please                                                                Let's find out what there is to see upstairs…
-That will be exatly 100 brick dollars"
(with the inflation, you know…)

"-Neuf billets, s'il vous plaît                                                       Il est temps de monter voir ce qu'il y a à l'étage…
- Ça fera 100 brick dollars tout rond"
(et oui, l'inflation… )

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visite 2ème

The kids are very interested in modern art! As Anna is still taking pictures, Ms. Stevens is chatting with the very nice security guard.

Les enfants sont très intéressés par l'art moderne! Tandis que Anna prends encore des photos, Ms. Stevens discute avec la très gentille agent de sécurité.

cafe

After a straining visit, nothing like a refreshment at the upper floor café overlooking Heartlake City. The kids have well behaved, they are each entitled to some ice cream.

Après une visite éprouvante, rien de tel qu'un petit rafraîchissement au café du dernier étage qui surplombe la ville de Heartlake. Les enfants se sont bien comportés, ils ont chacun droit à une glace.

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And here is, not quite in order of appearance, our little story's cast, from left to right:
Anna, Matthew, Mia, Emma, Stephanie, Andrea, Olivia, Andrew and Ms. Stevens.

Et voici, non pas par ordre d'appartition mais presque, le casting de notre petite histoire, de gauche à droite:
Anna, Matthew, Mia, Emma, Stephanie, Andrea, Olivia, Andrew et Ms. Stevens.

museum figs

And then: security guard n°1, front desk clerk, café waitress, souvenir shop vendor, security guard n°2.
And: Four anonymous museum visitors.

Et puis: Agent de sécurité n°1, hôtesse d'accueil, serveuse café, vendeuse de souvenirs, agent de sécurité n°2.
Et encore: Quatre visiteuses anonymes du musée.

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And finally, some of the artwork we have more or less been able to glance at throughout our journey.

Et enfin, quelques unes des œuvres que l'on a pu plus ou moins appercevoir au cours de notre périple.

 

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09 février 2013

La Mort aux Trousses, une histoire en Lego

Le blog est un peu délaissé, ces temps-ci, Je divague… tant mieux, c'est une bonne nouvelle. Si j'ai pas le temps de m'occuper de le tenir à jour, c'est que mon esprit est pris ailleurs. Le projet Photo 52 est passé à la trappe, mais il reste dans un coin de ma tête. Moins assidue en 2013, j'avais dit. C'est bien ça! Légèrement obsédée par la brique danoise en ce moment, je vois le monde en Lego. C'est donc naturellement que quand un vieux cauchemar d'enfance a refait surface, j'ai pensé l'écrire et l'illustrer par ce biais. Je trouve mes photos vraiment atroces, mais vous ne serez sûrement pas aussi durs que moi sur ce point! ^^ Je suis vraiment désolée si tous les quatre matins, le blog change d'orientation, c'est que le monde est si vaste, tant de choses à voir, tant de choses à faire! So little time… Je commence par l'histoire, ensuite les images…


La petite Nicotine marche gaiement le long des quais. Quel bonheur de flâner en sautillant de-ci de-là dans cet endroit reculé, comme un sous-terrain infini, loin du brouhaha incessant de la ville. Le bleu des flots et l'odeur vaseuse sont une invitation au voyage.

Au loin, Nicotine croit apercevoir une tête de mort flottant en surface. Non, ce doit être encore un satané sac plastique, c'est chose courante sur les eaux de la Seine. Nicotine a dû rêver.

Maman parlait jadis des corps qui refaisaient parfois surface sur le fleuve.

Apparait alors une autre forme, plus proche. C'est bien un crâne. Un autre puis un autre. Les torses dénudés émergent les uns après les autres et semblent vouloir se diriger vers la petite fille. Les regards vides sont fixés sur elle. Elle ne doit pas céder à l'appel des sinistres profondeurs. L'unique voie de secours est bloquée. Nicotine trace sa route. Le salut se trouve peut-être après le pont.

D'autres photos dans l'album La Mort aux Trousses sur Flickr

Et une petite info sur le titre. Je ne sais pas si vous vous poseriez la question si je ne l'évoquais pas, mais toujours est-il que La Mort aux Trousses est bien le nom d'un chef-d'œuvre d'Hitchcock qui n'a de rapport avec ma création que le nom. Je l'ai quand-même regardé l'autre jour histoire de me raffraîchir un peu la mémoire. Ce film n'était plus qu'un lointain souvenir pour moi. C'est quand-même un peu prétentieux de faire un lien entre ce que je vous présente aujourd'hui et le film, mais bon, c'était pas fait exprès, ce titre m'est venu comme une évidence.

In English:
Lil' Nicotine is happily walking along the quays. How joyfull to wander, hopping here and there in this remote place, like an infinite underground passage, far from all the commotion of the city. The blue colour of the tide and the muddy smells are an invitation for travel.

A little afar, Nicotine seems to have seen a death's head floating on the surface. No, it must be yet another damned plastic bag, it's quite common on the waters of the Seine River. Nicotine must be imagining things.

Mother used to talk about corpses that would sometimes resurface on the river.

Then appears another shape, a little closer. It actually is a skull. Another, and another. Bare chests emerge one after the other and seem to want to make for the little girl. The empty glances are settled on her. She mustn't give in to the call of these sinister dephts. The only escape route is blocked. Nicotine pursues her course. Perhaps salvation will be after the bridge.

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30 décembre 2012

Pour la nouvelle année…

Si un jour on m'avait dit que je me poserais devant mon écran un 30 décembre pour faire le point sur l'année écoulée et embrasser la nouvelle qui arrive à grand pas, j'aurais rigolé.

Aujourd'hui je m'ouvre presque totalement pour vous montrer un aperçu de l'ambiance que vous risquez de retrouver en 2013. L'atmosphère sera lourde, et en même temps plus légère. Je me suis rendue compte que je refoulais une grosse partie de moi-même et même si je ne veux pas que ma mère en témoigne, je ne peux plus me cacher derrière des images guillerettes et des billets fleur bleue.

Il en aura fallu, des signes de la vie, pour que j'accepte finalement mon penchant irrémédiable pour tout ce qui est sombre, triste, tragique, la mélancolie, le spleen. Et ce dès mon plus jeune âge. Mon dessin animé préféré? tout dramatique: Princesse Sarah. Mon conte préféré? Mystère aux cheveux bleus, de Marie-Aude Murail. Récemment j'ai re-découvert La Petite Fille aux Allumettes dans des dizaines de versions: Hans Christian Anderson (celle que je connaissais petite), un joli court-métrage de Disney, en BD avec Kirsten de Bertocchini, Sandro, Marko et Sayago et une version primitive dans le recueil de Clarissa Pinkola Estes: Femmes qui courent avec les loups qui met l'accent sur une morale beaucoup plus rude que dans les autres versions plus aseptisées. La petite fille meurt à la fin parce qu'elle a choisi de fantasmer sa vie pour se réchauffer temporairement le cœur au lieu d'utiliser la flamme pour bâtir un foyer et de fait, s'assumer pleinement.

Mon roman préféré? L'attrape-Cœur de J. D. Salinger qui mèle innocence, cynisme et sensibilité. À l'âge bète, c'étaient Les Fleurs du Mal de Beaudelaire suivi des Paradis Artificiels du même auteur.

Ces derniers mois j'ai surtout exploré l'univers des contes, à travers l'écriture et l'illustration. Les exemples que je viens de citer ne mettent peut-être pas en lumière le côté sombre de la force que j'essaie de vous décrire. Il est largement plus visible au travers de ce que je pin sur Pinterest. Les deux images dans ce billet ne sont pas de moi, vous vous en doutez, ce sont juste des inspirations. La première illustre bien le changement qui a lieu en moi. Je tue ce qui doit mourir, ce qui n'a plus d'utilité, ce qui me parasite, au risque de paraître déprimée de la vie ou même morte, mais pour laisser place à une certaine renaissance, à des idées fraîches et nouvelles, plus proches de moi. Plus gaies?

Woody, Raquel Aparicio
Woody de Raquel Aparicio

Et la deuxième illustre simplement mon poème/histoire. Je l'avais écrit en brouillon fin octobre et n'avais pu me résoudre à le publier. Aujourd'hui je le trouve toujours un peu violent, certes, mais je trouve aussi dommage de mettre une vision en prose et la garder pour moi. Je dis pas que c'est du grand art, mais ça se tient.


Je ne sais pas qui est l'auteur de ce photo-montage, trouvée sur Baubauhaus.com, si quelqu'un sait, je serait heureuse d'en mettre le crédit

Pudeur

Je suis à une fête
Il y a du monde
J'ai envie d'être seule
Je sors faire un tour
Je suis dehors
Je marche dans la rue
Je trouve un vieux pistolet un peu rouillé
Je le ramasse
Je marche encore un peu
Je m'arrête
M'adosse à un mur
J'hésite entre la tempe et la bouche
J'opte pour la tempe
J'hésite encore
Je pose l'embout contre ma peau
Je sens le métal froid sur mon crâne
Je profite de cette sensation unique
Je tire
Mais c'est la Roulette Russe
Et j'ai loupé le coche
Je lève les yeux
Il y a du monde
Je vois la pitié
Et toi tu es là
Tu as tout vu
Tu connais ma détresse

 

Sur ce, je vous souhaite à tous que la Saint-Sylvestre soit bien arrosée ou du moins festive et en bonne compagnie. À bientôt pour une nouvelle année sereine, remplie d'inspirations et de créativité.

 

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03 octobre 2012

Je vais vous raconter une histoire…

http://www.geoffreygolden.com/wp-content/uploads/2009/03/holding-hands_masks.jpg
                               (Harry Gruyaert, Belgium, 1975)

C'est l'histoire de deux adolescents qui s'aimaient.

Mais ils ne le savaient pas. Ils se chamaillaient souvent dans la cour de récré et c'était l'occasion pour eux de se flairer en secret, comme si de rien n'était, à l'abri du regard des autres. Cela dura un moment.

Un jour, ils eurent l'occasion de s'ouvrir l'un à l'autre. Dans une situation plus propice, ils usèrent du langage du corps au lieu du jeu du chat et de la souris. Main dans la main, ils découvrirent chacun de leur côté qu'ils étaient aimés et qu'ils aimaient en retour.

Puis il l'attrapa comme si elle était la chèvre et lui M Seguin. Il était le pieu et son bras la corde. Comme Blanquette elle se sentit oppressée et eut une soudaine soif de liberté. Comme Blanquette elle s'enfuit. Elle culpabilisa beaucoup quand elle remarqua qu'il l'évitait et l'ignorait même. Elle était triste.

Au bout de quelques jours elle alla s'excuser auprès de lui qui fit mine de ne pas savoir de quoi elle parlait. Son regard bleu profond le trahit. Cela suffit à la fille et ils reprirent leur amitié comme avant. Enfin, avec un peu plus de distance.

Pendant des années après elle avait toujours cru que si elle ne l'avait pas repoussé à l'époque ils auraient peut-être vécu une belle histoire. Mais leur histoire s'était terminée bien avant. Alors qu'ils se connaissaient à peine mais sans doute déjà attirés l'un vers l'autre, dans un élan de romantisme, il lui avait demandé:

       - Le mariage, ça évoque quoi pour toi?
       - Le divorce, avait-elle répondu.

 

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14 août 2012

Le calme avant la tempête

Il ne s'agit pas d'un billet commémoratif du drame du 11 Septembre 2001. C'est un retour sur mes impressions. Je n'ai pas été directement touchée par l'attentat. Si je connaissais des personnes vivant à New York et même dans le quartier d'affaires, aucun proche n'en a été la victime.

À l'époque, je travaillais sur les marchés à Los Angeles. Levée tous les matins à 5h30 et à 6h00 pétantes, dehors. Les rues étaient toujours calmes à l'aube. Quelques clochards errants et les fourmis de la société qui s'apprétaient à s'atteler à leurs tâches de jardinage, de ménage, de construction en bâtiment avant les heures brûlantes des journées désertiques du climat californien. En majorité d'origine hispanique, ce sont ceux qui se lèvent tôt pour gagner une misère tout en ayant la peur au ventre quotidienne de se faire expulser du pays.

Mais ce mardi là, tout était plus calme. Ma copine avec qui je faisais les marchés pourrait en être témoin. Le calme absolu. Une atmosphère surnaturelle. Ni le chant des oiseaux ni les cris des criquets. Aucun souffle ne venant faire siffler les feuilles des arbres et des buissons. L'air à la fois très frais et très pur et en même temps lourd et pesant.

SI on prend en compte le décalage horaire, la première tour a du être percutée juste avant que je sorte de chez moi, et l'autre pile à l'heure ou j'ai du insérer mes clefs dans la serrure de la voiture. Mais la plupart des Angelinos dormaient encore et avec eux leurs écrans de télévision et leurs radios; rien de concret ne pouvait laisser présager de l'ampleur de la catastrophe. Ce jour-là peut-être avons nous écouté Fallin' d'Alicia Keys sur le vieux poste de radio du vieux camion.

Ce jour-là on avait oublié les bananes en préparant le camion. On oubliait toujours quelque chose. Quelques fois on pouvait faire sans, mais les bananes, non. On vendait des crêpes. Pas simplement des espèces de pancakes trop épais avec trop de Nutella. Non, des crêpes au froment et des galettes de blé noir. Du sucré et du salé. Il ne manquait que le cidre, aucun alcool n'étant autorisé à la vente sur les marchés.

Les deux crêpes phares étaient bien sûr la Nutella-banane et la California: fraises, bananes, chocolat noir et chantilly. Impossible de faire l'impasse sur les bananes.

Nous voilà donc en chemin vers Torrance, CA. Je ne me rappelle plus quand on a réalisé qu'il nous manquait un ingrédient. Est-ce qu'en voiture on s'est dit "Tiens, tu as pris les bananes?
- Non, et toi?"
Ou est-ce quand on a eu fini de vider le camion qu'on s'en est aperçues?

C'est au supermarché le plus proche* que la caissière tremblotante nous a expliqué les événements. Personne ne connaissait les détails. Tout le monde s'inspéctait, les gens erraient, comme pris d'une folie d'incompréhension. Ce n'était pas possible. On devait se tromper.  Nous étions dans un tableau surréaliste. C'est avec comme seul élément de compréhension la certitude que des avions avaient bel et bien percuté les tours du World Trade Center que nous retournâmes à notre devoir.

Ce jour-là le marché était en ébullition. Les vendeurs faisaient la ronde, chacun à leur tour ou tous en même temps, allant d'un stand à l'autre pour essayer de comprendre un peu mieux. "Mais tu es sûr? J'ai plutôt entendu ça"… Le commérage (en son sens primaire et positif) et l'esprit de groupe si chers aux mondes nomades des marchants ambulants, des forains et autres artistes du Cirque étaient à leur comble. Un mal pour un bien?

 

Note

J'ai d'abord pensé garder mon brouillon pour publier ce billet le 11 septembre. Si j'ai toujours chanté des chansons de Noël en plein été, si j'ai toujours offert des cadeaux seulement quand je pensais à mes bien-aimés, quitte à oublier certains anniversaires, je pense que les célébrations et les commémorations peuvent se faire ailleurs que dans le temps officiellement imparti. C'est vrai pour l'amour et la Saint-Valentin, c'est vrai pour le chocolat à Pâques. C'est vrai aussi pour les morts et la Toussaint. C'est vrai pour les périodes de jeûne, c'est vrai pour aller faire la fête un jour de semaine. C'est vrai pour faire signe à ceux qu'on aime quand le moment est opportun sans culpabiliser le reste du temps.

C'est pourquoi ce billet aujourd'hui correspond à ce moment opportun. Il ne sert à rien d'attendre la date fatidique quand nos oreilles et nos yeux seront bombardés d'images réelles et métaphoriques. La commémoration l'an dernier des dix ans des attentats a été une explosion intrusive dans l'espace temps, comme si le reste du temps on s'en fichait. Comme si la terre ne continuait pas de tourner. Comme si d'autres atrocités ne prenaient pas place ailleurs dans le monde. Comme si le 11 Septembre ne représentait pas une longue liste d'anniversaires sordides. Bien sûr en cette mi-août, il n'est pas anodin que je pense à cet événement dont la date d'anniversaire approche. Les anniversaires sont aussi là pour ça.

Si je publie ce message aujourd'hui, j'aurai toute la place dans mon esprit et dans mon cœur pour penser à mon oncle pour qui, né un 11 Septembre, l'anniversaire a toujours été synonyme de rentrée des classes et aujourd'hui on lui vole encore la vedette à coups d'images macabres.

 

*    Les marchés de plein air en Californie sont presque exclusivement des marchés de producteurs. Les bananes ne poussant pas en Californie, il est normal d'aller les acheter au supermarché. Si ça avaient été les fraises, bien-sûr qu'on les aurait achetées au marché. Peut-être même qu'on les aurait troquées contre quelques crêpes (nostalgie… ).

26 juillet 2012

Le fantôme de l'escalier

paris-belleville

Quand j'étais petite il y avait un fantôme chez mon père. Quand il emménagé en 1988 au croisement de toutes les lignes de RER, dans ce qui allait devenir le quartier Montorgueil, il n'était pas bon trainer seule pour une jeune fille. D'un côté la Rue Saint-Denis, de l'autre la "bande" qui effrayait tant les voisins et dont la cause devait occuper le temps des conseillers municipaux. Cette bande de jeunes qui glandaient au coin de la rue me rappelle que c'était avant un quartier populaire. Un quartier qui cherchait encore son identité après le passage des halles à Rungis.

J'ai fui ce quartier comme j'ai fui Paris. Je me suis laissée embarquer malgrès moi dans une sorte de prise de décision passive. Accompagner ma mère dans son retour au pays. Revenir pour les vacances, puis, de moins en moins. Comme pour ne pas affronter une violence latente dont j'ignorais la nature. Est-ce que cela se résumerait simplement en la nuit noire? Chez ma mère la nuit était toujours éclairée par les réverbères de la rue tandis que chez mon père les volets venaient m'enfermer dans l'obscurité mansardée, seule avec mon fantôme.

Ma chambre et celle de mon frêre étaient des espaces sous les toits aménagés comme on peut en haut d'un escalier casse-gueule, duquel je suis tombée plus d'une fois. J'ai même nommé une de mes blessures mon "poulet", tant ma peau ressemblait à un pilon roti.

Quand j'étais en bas, que je longeais l'escalier pour passer du salon à la cuisine, mon fantôme me nargait du haut des marches. C'était un clown méchant. Il faisait des grimaces et me défiait de monter. Lorsque je prenais mon courage à deux mains et montais, il disparaissait. Je n'ai jamais pu l'affronter. Ni su qui il était.

beaubourg

la-mort

serpent

 

Ces souvenirs sont bien réels mais restent néanmoins une interprétation en fonction de ce que je vis aujourd'hui. Les mêmes détails peuvent se mêler autrement pour former une toute autre histoire. Je cherche à me dévoiler sur cette plateforme qu'est mon blog, mais je dois tout de même garder une part de mystère, n'est-ce pas?

Les Halles d'hier (clic)

Les Halles de demain (clic)

Le jardin des enfants qui était interdit aux adultes est parti déjà. La grosse tête de Saint-Eustache sur laquelle j'ai joué pendant des heures est amenée à disparaître, elle aussi.

sainte-catherine-copy

billes-roses-copy

Mes albums photo parisiens:

Paris express

Mon quartier

Paris sera toujours Paris

 

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